M. LE CONSUL DU JAPON

21 Juin 2012 à 14h00
Lancement du nouveau club d’entraînement « Randori* » de droit fiscal

Discours de Monsieur le Consul général du Japon à Marseille,
Monsieur Daini TSUKAHARA.

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames et Messieurs,

Cher Collègue,

Je voudrais vous remercier de m’avoir convié au lancement de votre nouveau Club d’entraînement de Droit fiscal du Centre de Gestion Agréé GECIAM. Je suis très heureux de pouvoir m’adresser à vous, qui êtes parmi les personnalités les plus influentes de Marseille.

Tout d’abord, au nom de mon gouvernement et de mon peuple, je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude et mes sincères remerciements pour votre soutien et votre solidarité constante en faveur des sinistrés du séisme et du tsunami du 11 mars 2011.
C’était la plus grande tragédie que le Japon ait connu depuis la deuxième Guerre Mondiale. Au-delà des dégâts matériels extrêmement importants, estimés à plus de 150 milliards d’euros, le Japon a perdu de nombreuses vies précieuses. De plus, le tsunami a entrainé l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Nous nous sommes sentis abattus et impuissants devant la force accablante de cette catastrophe naturelle ; pourtant, grâce à la solidarité de la communauté internationale et aux encouragements de nos amis du monde entier, nous sommes parvenus à relever la tête.

Le gouvernement français a été l’un des premiers pays à déployer son aide matérielle et financière au Tohoku. Une centaine de secouristes français sont venus nous prêter main forte ; les autorités françaises de tous les niveaux, mais également des entreprises, des écoles, des associations, des citoyens de toutes les générations ont organisé des évènements de charité, et nous ont témoigné leur solidarité.

Ces témoignages de solidarité et de soutien nous ont vraiment fait chaud au coeur, et je souhaite pour cela réitérer mes sincères remerciements. 15 mois se sont écoulés depuis ces tragiques évènements. Le Japon est à présent sur la voie du rétablissement et de la reconstruction stable. Certes, il y a encore un long chemin à parcourir, et des défis difficiles à relever, surtout dans la région proche de la centrale nucléaire accidentée, mais nous avons retrouvé le moral et sommes plus déterminés que jamais à relever ces défis.

Pour ce qui est de la centrale nucléaire, la décontamination se poursuit, bien que nécessitant encore une longue période; les réacteurs ont atteint un état d’arrêt à froid et les barres de combustibles usagées stockées dans les piscines seront peu à peu retirées.
Le gouvernement a mis en place des mesures très strictes en termes de sûreté alimentaire. Aujourd’hui, tant la production industrielle que le nombre de touristes étrangers en visite au Japon, ont retrouvé leur niveaux d’avant le séisme. Ce qui, pour nous, demeure un encouragement de plus. La France et le Japon entretiennent depuis longtemps d’excellentes relations dans tous les domaines ; nous avons également en commun le partage de valeurs telles que le respect de la liberté et des droits de l’homme, la démocratie, et la suprématie des lois. Entre nos deux pays, échanges et coopérations sont présents à tous les niveaux : en politique, en économie, ainsi qu’aux niveaux scientifique et culturel. Il est réjouissant de constater que de nombreux français apprécient la culture japonaise, au même titre que beaucoup de japonais se passionnent pour la France et sa culture. Il m’arrive souvent de rencontrer des français qui connaissent fort bien le Japon, sa culture, son histoire, ou les comportements et la mentalité des japonais- parfois même beaucoup mieux que nous.

Et puis, un grand nombre de français pratiquent les arts martiaux. Pour ce qui est du judo, le nombre de pratiquants en France dépasse largement celui du Japon. D’après un article de presse japonais que j’ai récemment lu, il y aurait 600 mille judokas en France, tandis qu’il n’y en aurait que 160 mille au Japon. Dans les compétitions internationales de judo, la France est un adversaire redoutable pour le Japon. L’année dernière, à l’occasion du championnat du monde par équipes organisé à Paris, la France l’a emporté chez les hommes, et aussi chez les femmes !
Maintenant c’est au tour des judokas japonais d’apprendre beaucoup du judo tel qu’il est pratiqué dans le reste du monde, et surtout en France. Comme vous le savez peut-être mieux que moi, le judo, comme d’autres arts martiaux, a deux aspects importants indissociables : l’entrainement physique et le perfectionnement spirituel.
Au-delà des résultats en compétition, avoir un état d’esprit à la hauteur de sa force physique est un élément capital. « Le judo », littéralement « la voie de la souplesse », est un moyen d’éducation et d’entraînement du corps et de l’esprit. Ses mêmes idées se retrouvent également dans d’autres cultures traditionnelles japonaises : on s’entraîne afin d’acquérir des techniques et, dans le même temps, on apprend des valeurs morales indispensables à la cohabitation harmonieuse avec les autres.
Toute la vie, on est un éternel apprenti, et on ne devient homme qu’à son dernier jour.
Je suis très heureux d’apprendre que, pour mieux vous perfectionner dans vos métiers, votre club applique le randori, un des moyens d’entraînement du judo, qui est également pratiqué dans d’autres arts martiaux.
Le but initial et principal du randori est, si je ne me trompe, d’apprendre et d’acquérir un mouvement souple, optimal et aisé en vérifiant l’application des différents « katas » ou les formes qu’on a appris, à travers des affrontements libres avec un partenaire, et en éliminant les mouvements et les gestes superflus.

Jigoro KANO, fondateur du judo, a expliqué que les relations entre le kata et le randori étaient identiques à celles entre la grammaire et la dissertation. Mon intérêt porte également sur le fait que vous pratiquiez ce jeu du randori pour l’entraînement au droit social et au droit fiscal, tout en mettant en valeur la maitrise de soi, la modestie, le respect des autres, la discipline, l’entraide et d’autres vertus qui sont les valeurs fondamentales, non seulement du judo, mais aussi de la société et de la culture du Japon.
Je tiens donc à vous féliciter pour votre initiative très intéressante d’appliquer la méthode et l’esprit du judo à l’exercice de vos métiers et j’espère que cette initiative vous apportera les résultats escomptés.

Je souhaiterais maintenant aborder le sujet des relations économiques fortes et équilibrées entre la France et le Japon. Selon l’Agence Française pour les Investissements Internationaux (AFII), il y aurait 430 entreprises japonaises sur le territoire français, à l’origine de 65.000 emplois. D’après le Service économique de l’Ambassade de France au Japon, 420 entreprises françaises sont implantées sur le territoire japonais. La France est le 3ème investisseur étranger au Japon, avec 13 milliards d’euros des stocks d’investissements directs à la fin 2010, et le Japon le 10ème en France- mais le 1er asiatique, avec 11 milliards d’euros des stocks d’IDE. Pour les échanges commerciaux, la part du Japon dans les exportations et les importations françaises ne représente que 1,6% et 1,9% respectivement en 2011, et la part de la France dans celles du Japon, est 1% et 1,4%. Du coup, les balances commerciales bilatérales sont déficitaires des deux côtés. Pour dynamiser davantage nos échanges commerciaux et d’investissements, il me tient à cœur d’élargir le sujet à un contexte plus global pour lequel notre collaboration pourrait être profitable à tous, dans un avenir plus ou moins proche. Il s’agit de la conclusion de l’accord de partenariat économique dit A.P.E. entre le Japon et l’Union Européenne. Les pourparlers de la définition des champs de négociation ont déjà été entamés depuis plus d’un an, et les négociations officielles devraient démarrer rapidement, dès lors que la commission européenne aura obtenu le mandat de ses pays membres. Selon l’estimation du Copenhagen Economics, la conclusion d’un tel dispositif permettrait aux pays membres de l’UE d’accroître leurs exportations au Japon de plus de 71%, à hauteur de 43 milliards d’euros. Le gouvernement du Japon attache beaucoup d’importance à la conclusion de cet accord de partenariat économique (APE) avec l’Union Européenne. Je souhaite que vous souteniez et encouragiez le lancement rapide des négociations de l’APE entre le Japon et l’UE, car sa conclusion apporterait de nombreux bénéfices mutuels.

Pour finir, je fais le vœu le plus sincère que vos activités au club de randori prospèrent et qu’elles contribuent, dans le même temps, à une meilleure compréhension mutuelle de nos cultures et au rapprochement de nos deux peuples.

Je vous remercie de votre attention.

(*) En japonais, randori se prononce landoli

EN BREF

C’est un immense honneur que nous a fait M. Le Consul du Japon à Marseille
En prononçant un discours lors du lancement du club RANDORI de droit fiscal.
Le 21 Juin 2012, devant les membres de notre club et plusieurs personnalités importantes de la ville de Marseille.

On devient un homme le dernier jour de sa vie.

Daini TSUKAHARA.